2010-01-07
VD: motion en faveur de la défense de la langue françaiseVD: Motion en faveur de la défense de l’usage de la langue française
La prolifération des anglicismes n’est aujourd’hui contestée par personne. Elle a une forte tendance à s’accroître sous l’influence d’internet et de la publicité. Même si quelques efforts
sont faits pour limiter sa propagation, elle a tendance à se répandre dans l’administration et dans les institutions parapubliques ou soutenues par l’Etat.
Cette "anglopathie américanoïde spongiforme", comme l’appelle l’association Défense de la langue française (DLF), se retrouve aussi bien dans le langage courant que de manière écrite dans toutes sortes de publications, avec la complicité active de certaines des élites publiques
ou privées.
Notre langue est pourtant réputée pour sa clarté, la précision de son vocabulaire, la richesse de ses verbes et la force de sa syntaxe. Pourquoi donc la malmener de la sorte ?
Le soussigné est déjà intervenu par une interpellation déposée le 4 septembre 2007. Le Conseil d’Etat avait répondu en substance en février 2008 qu’il avait pris note que la Chancellerie d’Etat avait donné les instructions nécessaire pour éviter, dans les publications de l’Etat, le recours à des termes dont l’usage n’est pas admis et qu’elle diffuserait auprès des
services les « Recommandations relatives aux anglicismes » de l’administration fédérale.
Des efforts sensibles ont été effectués au sein de l’administration cantonale, mais on parle encore – pour ne citer que quelques exemples - de «clean-tecs» de «start-up», de «master», de «business», de «coaches », de «news», «d’events» de «shopping» et
«lead». Dans les organismes parapublics et au sein d’institutions soutenues par l’Etat, le résultat n’est pas brillant, en particulier dans le secteur touristique et économique.
Le but de la présente motion est de se doter d’un instrument - sous forme d’une loi permettant de favoriser l’usage de la langue française et d’en promouvoir le rayonnement sur
notre territoire. Elle s’inscrirait dans le respect de la liberté de langue, ainsi que dans le respect de la diversité linguistique. Le but visé étant de bannir la multitude d’anglicismes qui, à force d’être utilisés, se substituent à des mots français qui finissent par sortir de l’usage.
Cette proposition n’est pas incompatible avec la politique d’ouverture menée par notre canton.
Il ne s’agit pas de repli identitaire, mais de se donner les moyens de préserver un élément fondamental de notre culture, de notre personnalité et de notre patrimoine. Le français est
l’instrument majeur de communication entre les habitants de notre canton et à ce titre constitue un élément de cohésion sociale essentiel.
Les institutions suivantes seraient soumises à cette loi : l’administration publique cantonale, les administrations communales, les entreprises et régies publiques, les fondations de droit
public, les commissions cantonales et communales, le pouvoir judiciaire, toute institution bénéficiant de l’aide de l’Etat de Vaud ou des communes.
Le canton du Jura vient de se doter d’une telle loi visant à favoriser l’usage du français. Dans son exposé des motifs, le gouvernement de ce canton relève que le droit à l’usage de la langue est «menacé par une forme de globalisation linguistique perceptible à maints niveaux : publicité, presse écrite et parlée, industrie du divertissement, monde de l’économie et du travail, et même dans les milieux de l’enseignement supérieur et de la recherche.
L’application du texte jurassien ne nécessite pas d’investissements financiers considérables puisqu’il n’a pas d’incidence sur les effectifs du personnel de l’Etat. Les dépenses prévisibles sont celles liées au fonctionnement d’un Conseil de la langue française mise en oeuvre par
l’Office cantonal de la culture. Il joue le rôle d’observatoire du bon usage de la langue française et veille à ce que les institutions publiques et parapubliques montrent l’exemple en
la matière et réserve l’utilisation de l’anglais ou des anglicismes exclusivement dans des situations pour lesquels ils sont absolument indispensables.
Il s’agit d’une loi sur l’usage de la langue et non pas d’une loi de police de langue. Il s’agit de promotion plus que de répression. Le Québec et la France se sont d’ailleurs dotés de tels
instruments visant à défendre la culture d’expression française.
Conclusion :
Par cette motion, le Grand Conseil demande au Conseil d’Etat de :
1. Présenter un projet de loi concernant l’usage de la langue française.
2. Faire une proposition de création d’un Conseil de la langue française.
Vevey, le 7 janvier 2010
Jérôme Christen